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Maxime

Nous avons grandi ensemble, tu étais brun et j’étais blond, tu étais petit et j’étais grand, tu aimais l’école et je ne l’aimais pas, tu rêvais d’être danseur et moi, pompier. Nous n’étions vraiment pas faits pour aller ensemble alors pourquoi étions-nous amis, comme deux frères ? Tu me disais tout et je ne te cachais rien.

Tes parents sont morts, tu avais douze ans, fils unique tu t’es retrouvé seul, tu t’es baladé de foyer en foyer, souvent maltraité par les autres, souvent tu pleurais ... Et j’étais là, tu me parlais, je t’écoutais et tu repartais heureux, le cœur léger.

Tu avais besoin d’argent pour payer ton école de danse, tu travaillais le midi dans un café bizarre mais toi tu t’en foutais, tu étais juste là pour pouvoir danser. Et tu dansais et j’aimais te voir sur scène, tu semblais voler et je venais t’applaudir et t’encourager. Tu aimais les bars, tu buvais de la bière, tu étais souvent seul et ce soir là tu étais triste. Puis tu l’as rencontré, il avait la cinquantaine, il était grisonnant. Tu étais malheureux et il t’a consolé, puis il t’a raccompagné... chez lui. Le matin en te réveillant, il n’était plus là, Il était parti. Puis tu t’es rhabillé, tu avais deux billets de 500 dans tes poches. Lorsque tu me l’as raconté, je n’ai pas compris et depuis, tous les soirs, tu es sur le trottoir, tu fais plusieurs clients, oui tu te prostitues.

Pardonne-moi mon ami, je n’ai rien compris. Aujourd’hui tu danses, tu danses avec tout ton corps et le soir tu pleures, tu pleures. Tu as tellement changé, je ne te reconnais plus, tes cheveux blonds comme les blés te tombent sur les épaules et ondulent, tes yeux sont maquillés, parfois tu mets des robes et tu me fais pleurer. Je ne peux pas t’aider, je voudrais te comprendre. Et je n’accepte pas que l’on se moque de toi, les gens rigolent. Ils te montrent du doigt, ils te jugent et ne savent pas, ils ne connaissent pas ta souffrance. Tu es blessé dans ta chair. Pardonne-moi, mon ami. Pardonne-moi de ne rien pouvoir faire.

Pourtant je te l’ai dit, fais attention à toi, le SIDA existe, n’oublie pas de « sortir couvert ». Mais tu l’as attrapé, tu ne sais comment. Tu es à l’hôpital et je te vois diminuer... Rapidement, et je te vois partir, pourquoi me quittes-tu ? Tous les jours je viens te voir, tu deviens méconnaissable, tu es défiguré. Personne ne t’a aimé, aucun de ces obsédés. Ils t’ont tous abusé et t’ont abandonné.

Ce matin je suis venu te voir mais ta chambre étais vide... Puis on m’a dit que tu étais en bas... Je n’ai pas voulu comprendre et je suis descendu. Tu étais là, allongé, tranquille. J’ai cru que tu souriais mais tu étais parti.

Tu étais mort cette nuit et je n’étais pas là. Et je te vois danser, oh oui ! Tu dansais, Maxime, tu étais beau et tu volais comme un oiseau dans les airs.

Vingt deux ans n’est pas un âge pour mourir et où que tu sois, Maxime, DANSE, DANSE, DANSE.

Maxime
Tag(s) : #Eglise Gallicane de Reims, #Texte Père Stéphane

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